28 août 2015

Derniers baisers

Mes chers Bookineurs et Bookineuses,

il y a bientôt trois ans, un soir de Septembre, j'ai décidé d'ouvrir un blog. Les chroniques se sont succédées, courtes, malhabiles, débutantes. Mes mots se sont affirmés progressivement, mais il s'agissait toujours d'apprendre. Apprendre de bloggeurs confirmés qui m'ont accueillie avec bienveillance parmi eux. Apprendre des maisons d'éditions les mots "ponctualité", "professionnalisme", "confiance". Apprendre des multiples tutoriels la manipulation des codes HTML et CSS, un peu de Java pour rire et les bases de l'assemblage photographique. Apprendre des auteurs qui ont confié leurs mots, partagé leurs pensées et offert leurs écrits. Apprendre, encore et surtout, de vous. Vos mots. Vos sourires. Vos personnalités, toutes si précieuses. Laissez-moi vous dire que vous êtes merveilleux. 

Aujourd'hui, Coffee & Books publie son dernier article. Cela fait depuis Novembre dernier, un an presque ! Que je n'avais pas écrit. J'ai modéré, toujours avec plaisir, sans grande régularité tout de même. Ai répondu aux mails, le plus possible. Chacun de vos écrits aura sa réponse, je m'y engage. Pardon simplement pour le retard. 

Pourquoi laisser s'éteindre le blog ? Par manque de temps, et surtout d'envie. Tant de choses se sont passées en un an, et le blog, bien que toujours présent et source de joie, n'a plus fait partie de mes priorités. Bien sûr, j'avais toujours une pensée pour lui, et d'autres, plus nombreuses, pour vous. Mais après moult tergiversations, des heures de réflexions et tant d'essais avortés de chroniques, de tentatives de retour... J'ai décidé de prendre la plume une dernière fois ici, officiellement, pour vous prévenir et vous remercier. Surtout vous remercier.

Je vous offre des mots en vrac, des éclats de pensées, des sourires et tant d'amour. Merci. Merci mille fois pour votre accueil, votre chaleur, votre soutien, vos messages, vos encouragements, votre patience, votre confiance. Merci à vous, lecteurs chéris. Merci aux partenaires, les grands frères et soeurs, les plus jeunes aussi, qui m'ont pris par la main, m'ont appris tant et m'ont emmenée sur les chemins de la blogosphère, avec bienveillance. Merci aux maisons d'édition qui m'ont honorée de leur confiance. Merci pour les colis surprises dans leur emballage de carton brun, les nouveautés et les si belles découvertes. Merci pour les invitations toujours variées, pour les fidèles envois de catalogues. Vous faites un travail merveilleux et la presse jeunesse vous doit autant qu'aux auteurs. 

Le blog est-il complètement fini ? Coffee and Books sous sa forme actuelle l'est. J'ai changé le design une dernière fois, dans une nouvelle tentative de mise à jour. Mais voilà. Je n'ai pas perdu ce plaisir d'écrire, bien au contraire. Et, si chers lecteurs... vous allez me manquer. C'est pourquoi je décide de ne pas supprimer totalement le blog d'Internet. Coffee & Books restera en ligne. Les commentaires... J'avoue beaucoup hésiter. Mais je pense qu'il ne sera plus possible d'en publier. Toutefois, ma boîte mail reste grande ouverte et je continuerai de répondre à vos mails du mieux que je peux, et à vous conseiller si vous le souhaitez. Mes messages ne seront pas aussi longs que certaines chroniques, ni aussi fréquents qu'elles ont pu l'être, mais j'ouvrirai fidèlement ma boîte aux lettres le Samedi pour vous répondre. Vous méritez au moins cela. 

Mais j'élude un peu la question. Je ne poserai pas ma plume. Simplement, je ne sais pas sous quelle forme elle sera reprise. Griffonnages, esquisses, chansons. Sites, galeries photos, blogs. Cuisine, musique, écrits... Je signerai Safran. Oh, il y en a sûrement d'autres ! Mais si un jour vous tombez sur un site dont vous trouvez qu'il vous rappelle quelqu'un, et si l'article est signé ainsi, peut-être qu'il sera de moi. Et pour ceux qui le désirent, je vous tiendrai au courant, par mail, à l'occasion, de l'avancée ou de la naissance d'un projet. 

Je suppose que vous avez de légitimes questions. Il sera possible de commenter jusqu'au premier Septembre, mais après cette date je ne répondrai plus qu'aux mails. Posez autant que vous voulez, sans oublier les règles du blog, qui riment avec "prudence" et "respect". Et je vous répondrai.

C'est dur d'écrire ces derniers mots. Mais je veux que cet article se termine sur un éclat de joie. 
Soyez heureux, lecteurs chéris. Rendez les autres heureux aussi. Faites un tour sur le site Humans of New York. Lisez Le Petit Prince de Saint-Ex. N'ayez pas peur de vous émerveiller. Ne cherchez pas à être parfaits, cherchez à rester vous-même. Et gardez en tête qu'à chaque instant, chaque, instant. Que vous soyez tristes, fatigués, heureux, euphoriques, incertains, dans l'expectative ou face à un choix... Vous êtes une merveille. Toi qui lit ces mots, tu es une merveille. Une merveille. Il n'existe qu'un seul toi, un seul, et Dieu sait qu'il est précieux, unique, indispensable. Je n'ai pas l'habitude de dévoiler ma vie privée, mais pour un dernier article, je vous offre cette confidence : je crois en Dieu. Et je prierai pour vous, si vous le voulez. 
Merci de tout mon coeur pour ces deux ans, onze mois et vingt-huit jours.

Votre Safran


"Il est grand tant de rallumer les étoiles." Guillaume Apollinaire

16 novembre 2014

Le regard des princes à minuit - «Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'il assassine».



Être un véritable chevalier, aujourd'hui, est-ce encore possible?
À travers sept épreuves initiatiques, des jeunes se lancent dans l'aventure : une expédition nocturne dans la forêt de Brocéliande, l'escalade de la façade de Notre-Dame en cordée, l'intensité d'un combat à mains nues, la découverte d'une danse oubliée avec une cavalière sensuelle... 
Autant de façons de vibrer, de prendre position dans la société, de dire NON.


Certains livres donnent envie de se lever et d'agir. De prendre sa place dans la société. De reprendre sa vie en main. De se donner des objectifs et de les atteindre. Ils redonnent de l'espoir et raniment le feu. Je parle ici en tant que jeune, qui dans quelques années va voter, faire des études supérieures, voyager ailleurs, rencontrer de nouvelles personnes, découvrir le monde du travail, se marier, fonder une famille, s'engager localement ou à l'étranger, devenir vieille. J'essaye au maximum d'éviter les clichés, mais comme je ne sais pas de quoi sera faite ma vie, je considère tout. Comme tous les jeunes. Ce qui ne veut pas dire que l'enfance et la jeunesse sont des périodes vides, creuses, dans l'attente de notre vie. 
Cette jeunesse est un âge magnifique, où l'on pense, où l'on se construit, où l'on découvre, où l'on vit. On peut être découragé parfois, avec l'impression d'être écrasé par un monde trop lourd, trop violent, trop fermé. Effrayé devant les multiples choix qui s'offrent à nous, ou encore impuissants face aux conflits et aux injustices. Et sans se projeter dans quelques années, on peut aussi, au quotidien, se demander ce qu'on fait là. Pourquoi sommes-nous si seuls au milieu des autres. On refait le monde, on écrit nos pensées, on vit avec intensité. On attend d'être adulte, avec impatience parfois. On regarde en arrière, avec un peu de nostalgie, cette enfance heureuse que l'on regrette peut-être. Mais on savoure notre âge aussi. Les premiers émois, les premières fois. La fougue. Les envolées. On est jeune, tout simplement. Encore une fois, l'âge adulte peut aussi avoir ces envolées et cette fougue ! L'âge en années n'a rien à voir avec l'âge de l'esprit. 
La jeunesse est une époque magnifique. Vraiment. Avec "Le regard des princes à minuit", Erik L'Homme écrit cette jeunesse pleine de rêves, d'espoirs, d'attentes, de vigueur, de passion. La vie devant nous. 

Le livre est court, 144 pages, mais c'est une petite merveille. Sept histoires, sept existences entremêlées que l'on met en parallèle avec le conte moyenâgeux de la Quête des Sept Bacheliers, pleine de belles valeurs et de nobles actions. Vous la connaissez, cette expression "on n'est plus au Moyen-Âge !" que vous avez peut-être prononcée un jour comme je l'ai fait aussi. Je ne veux pas revenir à cette époque, mais il faut reconnaître qu'elle n'était pas seulement remplie de rustres et de brutes comme elle nous l'est parfois présentée. Le Moyen-Âge et notamment la chevalerie prônaient un grand nombre de belles valeurs que l'on retrouvaient dans l'art et la littérature avec le fin'amor (ou amour courtois). Et bien qu'elles n'aient pas toujours été respectées, ces vertus chevaleresques étaient belles, louables. Et elles sont le point de départ de ce livre. Erik L'Homme reprend donc le conte des "Sept Bacheliers et l'épreuve périlleuse" qui aurait été écrit par Cosme d'Aleyrac en 1190 mais dont je n'ai pu retrouver la trace. 

En route...

La première histoire se vit au rythme d'une mazurka, cette danse langoureuse venue de Pologne. C'est une parenthèse au charme désuet, un petit éclat de rêve. L'union respectueuse de deux corps qui s'abandonnent par la danse. Un-deux-trois un-deux-trois un-deux-saute un-deux-trois. On retrouve une beauté qui n'a pas été souillée par la saleté d'arrière-pensées. Mais ce n'est pas une pureté immobile et poussiéreuse. Non, Erik L'Homme rend la scène surréaliste… vivante. Drôle. Elle tire un sourire et inspire le respect. Elle nous arrache au quotidien et nous emmène ailleurs, sur un parking désert, au son d'un accordéon. Erik L'Homme joue avec Arnaud, son premier personnage, un peu perdu et très touchant. Poésie d'une danse et d'un instant et de paroles. Faustine, dans sa robe rouge, danse, rit, guide. Ils échangent. Amour délicat, fugace, naissant. L'instant juste avant lequel le crayon se pose sur la feuille pour écrire ou dessiner… et l'instant où il touche le papier et esquisse des traits. La scène a une beauté d'un autre temps. Et une première valeur est énoncée : "Honore et aime toutes les femmes.

"La chanteuse lança un dernier couplet : "Quand les corps s'enlacent, instants de grâces, moments fugaces…" " (P. 28)

La deuxième histoire nous entraîne au coeur de la forêt de Brocéliande. Un feu, la canopée, les bruits de la nuit et deux amis qui devisent avec espérance… La scoute que je suis connaît le froid, la fumée du feu qui imprègne les tissus, les doigts engourdis, les brindilles, les braises rougeoyantes, la nuit dans hôtel aux centaines de milliards d'étoiles… Je crois que c'est cette scène qui m'a le plus marqué. Deux amis qui parlent de leurs vies. Qui comprennent qu'il manque quelque chose à leur quotidien. La page 43 est l'une des plus fortes qu'il m'ait été données de lire et si je ne la retranscrit pas, c'est pour que vous puissiez la lire, vous-même, avec ce livre dans les mains… La forêt bruisse doucement autour d'eux, et quelle forêt que cette Brocéliande enchanteresse où réside l'essence des mythes celtes ! La nuit est propre aux confidences. Les amis livrent leurs âmes avec confiance et abandon. La vie est devant eux, pleine de promesses et de choix à faire. Chuchotements. Silences. Paroles. Réflexion sur la tolérance, mais pas ces discours creux et interminables. Les jeunes hommes se revigorent auprès du feu mais aussi en parlant vraiment. Vie. Et Vladimir énonce la deuxième valeur : "Médite sur toi et sur qui tu es." On se cherche, on se questionne, on se remet en cause. On se forge, on s'imprègne, on s'inspire. On se devient. 

"On a quitté la Vallée-des-Portes, dit Vladimir à voix basse pour ne plus déranger la nuit." (P. 40)

La troisième histoire m'a touchée différemment des premières. Elle a quelque chose de rocambolesque, qui rompt un peu avec la poésie des deux premières scènes. Ou qui du moins, diffère de la délicatesse de ces deux premiers chapitres sans âge. Mais c'est aussi l'une des plus philosophiques et même des plus complexes ; Hervé et Patrick vont dégrader une antenne relais afin de couper les habitants de la télévision : ainsi, ils passeront une soirée sans écrans, en retrouvant la chaleur d'une discussion ou le velouté des pages d'un livres… Et cet acte pose la question de l'obéissance à la loi, de la rébellion, de la relativité des mots sur lesquels il est si facile de jouer. Mais surtout, elle parle de la différence entre vérité/mensonge et vrai/faux, de l'influence de la télévision sur nous, qui devons apprendre à garder un oeil critique et avisé. Erik L'Homme nous invite à créer notre propre imaginaire, qui soit nourri et inspiré par des sources variées. Loin de nous ce mensonge, cette déformation de la réalité qu'offre la télévision. On retrouve indirectement cette question que l'on se pose quand l'adaptation d'un livre qu'on n'a pas lu sort au cinéma : doit-on lire d'abord le livre ? Doit-on d'abord voir le film ? En ce qui me concerne, je commence par lire le livre, pour me faire ma propre idée des personnages, de l'histoire et des scènes. Pour ne pas découvrir quelque chose avec un filtre, celui des choix scéniques du réalisateur par exemple. Alors bien sûr, on ne découvre presque jamais les choses sans a-priori : le simple fait de lire cette chronique vous donne une opinion sur ce livre dont je vous parle et que vous n'avez pas encore lu. D'ailleurs, libre à vous de vous arrêter de lire cet avis. Vraiment ! Et en extrapolant, on retrouve un thème abordé dans l'histoire. La liberté ! Où commence-t-elle ? Ou s'arrête-t-elle ? En parlant de liberté, on peut parler des engagements, des choix qui lient, de l'influence que l'on reçoit. Je n'en écrirai pas plus mais c'est intéressant à méditer. Une belle surprise de ce chapitre, c'est la description d'Internet faite par Patrick : "ce joyeux bordel débordant de vie, ce grand n'importe quoi dans lequel la vérité trouve encore de l'espace pour s'ébattre." Et la réaction d'Hervé, qui appartient selon moi à un passage clef : "Je ne m'attendais pas à ce que tu défendes Internet (…) Je m'attendais plutôt à une apologie des livres." Ce à quoi Patrick répond "L'un n'empêche pas l'autre. Mais tu as raison, les livres aussi constituent un antidote aux sortilèges de la télévision." (P. 65) Ce dialogue dans lequel s'affrontent et se croisent les opinions opposées des deux amis, ressemble à une dissertation. Et elle est vraiment intéressante. Et nous découvrons notre troisième valeur : "Sois bon avec les faibles et fier avec les puissants.

"La personne, c'est l'individu sorti du troupeau, qui pense et agit par lui-même." (P. 66)

L'histoire suivante sent la sueur et les tatamis. Des combats, de la fight, où se côtoient les instincts intrinsèques et la surveillance d'un arbitre attentif. Cette histoire m'a rappelée le tableau de Magritte, La Trahison des images, d'ailleurs évoqué dans l'histoire précédente. Un lien s'esquisse entre ces sept scènes, mais nous en reparleront plus bas. Quel rapport entre "Ceci n'est pas une pipe" et des combats en sous-sol ? J'ai beau vous en parler, vous le décrire du mieux que je peux et Erik à plus forte raison, ce combat, il faut le vivre pour le saisir. Et tous les mots du monde ne vous donneront qu'une image du combat. Du corps-à-corps. "L'éternelle confrontation, le choc de la chair. Le retour au réel." (P. 83) Ce combat n'est pas du catch, simulé et surjoué. Peu de mots, ils suffiront j'espère à vous faire saisir la chose. Sueur. Coup. Défense. Instinct. Authenticité. Mise à nu. Echange. Personnes. Rencontres. Respect. Être. Le combat nous met face à nous et face à l'autre. Pas de fuite, à part la fuite en avant. Il révèle un désir d'authenticité, un retour à la source. Qu'il est fort cet Erik L'Homme, de réussir à nous faire regarder ce que, peut-être, nous pensions bestial et violent, d'une manière différente : nous savions qu'il y avait dans la lutte des règles, une culture (encore plus poussée avec les arts martiaux), un respect fort de son adversaire. Mais peut-être que l'essence du combat nous échappait. "Espace de vérité" (P. 83). Et ce combat physique peut nous entraîner à un combat pour rester fidèle à nos valeurs, nos idéaux, comme le montre cette quatrième vertu chevaleresque : "Montre du courage et bataille contre l'injustice." Suivie d'un prosaïque "Jolie phrase." (P. 86) Mais attention, ni moi ni ce chapitre ne faisons l'apologie de la violence, soyons clairs ! En outre, les combats ne sont pas tous des coups donnés. On peut se battre et faire mal avec les mots. 
Ce chapitre, lisez-le ! Vous le vivrez déjà plus. Vous comprendrez. Il est ardent et plein de passion. 

"Bienvenue chez les vivants." (P. 82)

L'histoire suivante est dans la continuité de ce corps-à-corps avec la vie. Cette fois, il s'agit de l'ascension de ce qu'Hugo qualifiait de "vaste symphonie en pierre" (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, 1831, Edition Nationale, Livre III, chapitre 1), la cathédrale Notre-Dame qui fête ses huit cents cinquante ans. Et pour célébrer cet évènement, un groupe de jeunes décide de l'escalade en pleine nuit, non comme Alain Robert qui grimpe sur les gratte-ciels à mains nues, mais solidement sanglés et assurés. Malgré les lanières, le vertige les ramène, pour certains, à une peur qui prend au coeur. Mais qu'est-ce que je fais là ? Echo d'une peur plus métaphysique. Mais qu'est-ce que je fais là ? La pierre sous les doigts, les saillies de l'imposante Dame de pierre. Réalité. Ce passage m'en rappelle un autre, où un autre jeune homme avait escaladé la cathédrale. Un héros libre lui aussi. Mais un héros en fuite. Vango. Ici on ressent… Adrénaline. Peur. Ambiance. Urgence. Et au sommet, ivresse. Fierté. On s'est dépassé. Et c'est plus que de simples mots. C'est le choix, à chaque instant, de saisir une saillie, plus haut. De défier le vide. Non de faire disparaître sa peur, mais d'être plus forte qu'elle. "Ne regarde pas en bas, regarde là où tu veux aller." (P. 98) Ce conseil, on me l'a aussi donné en danse : "Quand tu tournes, regarde là où tu veux aller." Il faut savoir à la fois cueillir chaque instant, le savourer parce qu'il est unique, chaque seconde, cette respiration que vous venez de prendre, goûter l'air et le présent. Même s'il faut aussi savoir "regarder là où tu veux aller". Non, ce n'est pas paradoxal. Récemment, je me suis rendu compte que quoi que l'on prévoit, quelque chose d'autre se produit ou interfère. Systématiquement. Prévoir sur le long terme peut être rassurant. Mais c'est beau de se dire que l'aventure, l'imprévu, va aussi s'installer. Des rencontres que l'on n'attendaient pas et qui nous changent du tout au tout. Et le passé, me demandez-vous ? Le passé ne s'efface pas dès lors qu'il devient du présent ! Il nous sert à apprendre, à nous compléter, à se remémorer les bons moments.  Le passé est essentiel. C'est notre héritage. "Respecte l'héritage de tes pères…" nous dit la cinquième vertu.
Dans ce chapitre, la beauté d'une nuit à nulle autre pareille. Les étoiles au-dessus, le vide en-dessous, et le seul lien c'est cette pierre sous nos doigts et cette corde qui nous relie les uns aux autres. Jolie symbolique, non ? Ou alors c'est moi qui, creusant un peu trop, voit le ciel comme ces questions métaphysiques, la pierre comme notre Histoire et notre culture, le vide comme ce qui nous donne envie d'avancer, et les autres… dont on a toujours besoin. 

"Cette nuit restera gravée dans ta mémoire, crois-moi." (P. 98)

Le dénouement se profile dans cet avant-dernier chapitre. Mais je ne vous en parlerai pas afin que vous le découvriez vous-même… Il achève de tisser ce lien entre les chapitres précédents. Car vous pouvez vous demander, comme je me suis posé la question, pourquoi avoir rassemblé autant d'histoires disparates au sein de ce recueil ? Nous avons retrouvé en elles des thèmes communs : la vie, les choix, la liberté, l'avenir, la jeunesse, les vertus chevaleresques, la confrontation avec soi, la réalité, l'authenticité… Mais aussi la présence d'un "apprenti"et d'un "guide". D'un "bleu" et d'un "expérimenté". L'âge ne rentre pas forcément en ligne de compte. C'est d'expérience dont on parle ici. 
Un dernier mot… Ce livre est une quête initiatique. D'où le parallèle avec ce conte des "Sept bacheliers", qui devaient avant d'être adoubé, parcourir le monde et appliquer les vertus qu'ils s'engageraient à vivre… 

En route...

J'ai retrouvé avec bonheur la plume d'Eric l'Homme et son talent, son imagination, qui m'avaient captivée dans la lecture de la saga "Phaenomen". C'est puissant. Ardent. Passionné. Et c'est aussi pour cela que la jeunesse n'est pas une question d'âge. Comme l'a si bien dit Yoko Ono, la femme de John Lennon, "Certaines personnes sont vieilles à 18 ans et d'autres jeunes à 90 ans… Le temps est un concept inventé par les Hommes." Erik L'Homme a cette passion caractéristique de la jeunesse. Il n'a plus 18 ans, mais - et je ne prétends pas le connaître ou dresser une analyse psychologique de comptoir - il est jeune. Son texte l'est. Il a compris nos interrogations, nos passions, nos envolées, notre fougue. Et ces personnages sont nous. Ils ne m'ont pas spécialement marquée en tant que personnages - et puis il est dur de complexifier un protagoniste en peu de pages - mais parce qu'ils sont nous. Ils sont n'importe qui. Vous. Moi. Et cette manière qu'a Erik de saisir les choses et de les partager en peu de mots..."Cheveux roux, jolis sourire." Quatre mots, et pourtant une image s'est dessinée en nous. Sortie de notre imaginaire, elle est unique et propre à chacun, parce que nous n'avons pas les même sources ! On revient à ce désir d'un imaginaire foisonnant et vivant. 
On trouve en début de livre une sorte de préface écrite par l'auteur. Je la relis à la fin - je lis souvent les préfaces après le livre afin de me faire ma propre opinion de celui-ci. Puis je relis ou re-parcours le livre, avec cette compréhension, cette approche nouvelle - et je me rends compte que je n'ai pas tant mis l'accent sur ce lien entre les histoires. Ma chronique les analyse une par une, à la suite les unes des autres, en établissant peu de connexions entres elles. Mais dans chacune de ces histoires, Erik a dressé le portrait de jeunes insoumis. Qui se sont extirpés d'un système de formatage. Ils ne sont pas nécessairement marginaux, mais ils vivent vraiment. Ils réfléchissent par eux-même et s'interrogent sur le monde qui les entoure. Ils font leurs propres choix. Ils refont le monde. Comme nous. Ardente jeunesse ! Et voilà que je parle comme si j'en étais sortie, alors que non, je suis au coeur de cet âge splendide ! C'est incroyable d'avoir le choix, d'avoir cette passion, cette énergie ! C'est fou ! Gardons cette force. Elle se tempèrera avec l'âge, mais ne devenons pas aigris et brisés. Soyons des hommes et des femmes debout. 
                 






Erik L'Homme passe son enfance dans la Drôme provençale, proche de la nature et des livres. Il fait des études d'histoire, et après l'obtention de sa maîtrise, part à la découverte de l'Asie.Son premier livre parle de la langue et de la culture d'un ancien peuple vivant entre Pakistan et Afghanistan.
Aujourd'hui, il est de retour dans la Drôme à Poët-Laval, et partage son temps entre journalisme et écriture de romans.
(Babelio)




Le regard des princes à minuit, écrit par Erik L'Homme et paru le 6 Mars 2014 aux éditions Gallimard Jeunesse (collection Scripto). 144 pages, 7, 65 euros.


Un coup de coeur musical en lien avec le livre ?

I Lived (One Republic, Native,  Polydor, Interscope Records, 2013)





3 septembre 2014

Ces objets insolites ou obsolètes que vous pensiez avoir oubliés


Il fut un temps, pas si lointain, où…

… les « 36 15 » du Minitel tenaient (presque) lieu d’applications mobiles
… le téléphone à cadran sollicitait nos doigts (presque) aussi bien qu’un smartphone
… les baladeurs à cassette préfiguraient (presque) les lecteurs MP3
… les machines à écrire Underwood ou Olivetti étaient (presque) aussi prisées que les Mac ou les PC
… le polycopieur reproduisait (presque) aussi facilement qu’un scanner
… le Quid nous renseignait (presque) aussi vite que Wikipédia…

Presque ! Car en moins d’un demi-siècle, la technologie – et particulièrement l’arrivée du numérique – a révolutionné nos habitudes au point que la moindre innovation est vouée à une existence toujours plus courte, aussitôt remplacée par une autre, plus rapide, plus fonctionnelle.
Emportés dans le TGV du progrès où Steve Jobs et Bill Gates ont quasiment relégué Alexander Graham Bell et Thomas Edison au rang de poussiéreux dinosaures, prenons le temps d’un retour en images sur les cinq dernières décennies : Ariel Wizman, dandy moderne, nous guide à sa manière – forcément unique – dans son pittoresque musée des objets insolites ou obsolètes !

Le rétro est à la mode. Il est très in de posséder ces objets désuets et désormais inutiles, témoins d'une époque révolue et pourtant si proche, que les marques remettent au goût du jour à chaque nouvelle collection - il faut voir le nombre de fringues vintage et autre friperies anciennes dans lesquels il est bon ton de chiner ! Assez sensible à cette tendance - au-delà de cette envie d'appartenance à un groupe, on peut trouver un véritable désir d'authenticité - j'ai moi-même succombé à la tentation en ornant ma chambre d'un tourne-disque et d'une machine à écrire fonctionnels qui accompagnent mes journées par leur grésillement pour l'un et leur cliquetis pour l'autre. 
La couverture m'a interpellée et j'ai donc emprunté ce petit ouvrage à la bibliothèque, avec l'espoir de passer un bon moment à découvrir les objets qui ont fait le quotidien de la génération précédente. A mon grand regret, je sors déçue de cette lecture pourtant prometteuse… Ce n'est pas la grande diversité des objets traités qui m'a rebutée - bien au contraire - mais la plume d'Ariel Wizman et son humour gras voire vulgaire. Si le livre le présente comme "décalé", ce n'est pas au deuxième mais bien au troisième degré qu'il faudra le lire. Et pour ce qui est de faire dans la finesse, seules quelques phrases m'ont faites sourire. Amateurs d'ancien en quête de poésie, passez votre tour ! Le ton est quelque peu cynique et l'auteur ne semble pas regretter ces objets étonnants, amusants ou simplement inutiles - mais c'est aussi ce qui fait leur charme ! 
Alors si tous ne m'ont pas plu, c'est surtout cette lecture qui est une déception. Dommage. 

                                  


Ces objets insolites ou obsolètes que vous pensiez avoir oubliés est un livre écrit par Ariel Wizman et paru aux éditions Michel Lafon en 2013. Il fait 157 pages et coûte 14,95 euros. 





Ariel Wizman est journaliste, animateur et comédien. Philosophe moderne, disciple de Levinas, il se plaît à observer la société contemporaine avec un regard décalé. Chantre de la vie nocturne, dandy, il est également DJ et musicien avec son groupe Le Grand Popo Football Club.



2 septembre 2014

Deux ans - "Chacun doit vivre sa propre vie, une vie réelle, et pas une vie par procuration ou par imitation." (Erik L'Homme, Le regard des Princes à minuit)

Le blog a deux ans aujourd'hui. 



Je m'en suis souvenu hier. 
Emotion.

Deux ans ce n'est pas grand chose. C'est le début. Mais c'est beau les débuts, c'est prometteur. 
Je ne ferai pas un long article plein de bonnes résolutions, parce que c'est en actes et non en paroles qu'elles se voient. Simplement, merci. 
Merci de votre présence, de vos encouragements, de votre bienveillance, de votre gentillesse. Si le blog est là, deux ans après, parmi la foultitude des blogs littéraires, parmi ce foisonnant univers qu'est Internet, si Coffee & Books demeure, c'est grâce à vous. 

Et ça vaut bien un immense merci. 

*

Afin de faire le point au bout de deux ans et de contribuer à l'amélioration du blog, les plus hardis peuvent répondre à ce questionnaire ! Il vous permet également de participer à un grand concours un peu particulier… 
Le blog compte aujourd'hui 67 chroniques, et je vous invite à choisir trois livres que vous voudriez gagner parmi ces soixante-sept ouvrages. Suite à un tirage au sort, les trois vainqueurs gagneront chacun l'un des trois livres choisis précédemment. 

A vous la parole ! Et belle rentrée :)



8 juillet 2014

Salmacis : "Tout en toi m'attire, même des choses que tu ignores encore sur toi…"


Faustine et Sasha ont dix-sept ans. Ils sont jumeaux. Et sans famille… ou presque. Inscrits dans un pensionnat d’élite en pleine montagne par leur tante marginale, ils découvrent un monde de sélection et de compétition, aux règles impitoyables. Charmant et sociable, Sasha devient vite populaire, tandis que Faustine reste à l’écart. Jusqu’à ce qu’elle ait une révélation inattendue, lors du choix d’une option sportive : le corps à corps avec la pierre et les rochers, l’escalade, c’est là qu’elle retrouve la sensation de vivre. Surtout lorsqu’elle est couvée par le regard violet d’Andrea Salvaggi, le mystérieux assistant du professeur. Leur lien est plus puissant qu’un simple coup de foudre, ils sont encordés… vers quel sommet ?

En me tendant un exemplaire du livre, l’adorable Lebonbonaucassis (des blog Jeblo et De la plume à lune) m’avait prévenue : « Ce bouquin a reçu des avis tranchés. Soit tu l’aimes, soit tu le détestes ! Avec lui, pas de demi-mesure. » Sans aller jusque là, je sors assez déçue de cette lecture dont j’attendais beaucoup. 

Je vais commencer par vous donner un conseil : pour profiter de ce livre, surtout ne cherchez pas à connaître le mythe de Salmacis. Vraiment ! Férue de mythologie, je savais de quoi il s’agissait, ce qui a annihilé tout suspens… L’auteur mise beaucoup sur ce dernier et je suis donc passée à côté d’une grande partie du récit. Vous voilà prévenus ! 

Je ne sais trop par où commencer. Le style de l’auteur compte pour beaucoup lors d’une lecture, et Emmanuelle de Jesus a choisi pour les dialogues un registre oral qui ne s’embarrasse pas de convenances et qui correspond tout à fait aux âges et aux pensées des protagonistes. Sans faire de puritanisme, j’aurais préféré un langage un peu plus châtié lors des discussions entre les protagonistes : il n’y a évidemment pas d’injures ou de vulgarités (on est chez Hachette tout de même !) mais c’est tout de même familier sur les bords. Néanmoins, pour ce qui n'est pas du dialogue, l'aisance, la fluidité et les références culturelles de cette plume m’ont vraiment plu. 
Parlons à présent de Faustine, héroïne de Salmacis, Faustine, la jumelle de Sasha, Faustine, ce mélange de confiance et de fragilité tellement adolescente... J’ai commencé le livre en me disant qu’elle serait falotte, je le termine en pensant qu’en fait elle a du caractère ! C’est un personnage profondément réel, dans laquelle je me suis retrouvée parfois, vraiment intéressante, mais… je ne m’y suis pas attachée tant que ça. Oui, c'est dommage. Et c’est un peu ce qui s’est passé tout au long du livre : c’était bien mais ça ne m’a pas plu tant que ça. Je ne m’attarderai pas trop sur les personnages, parce que pour être honnête je ne sais pas trop quoi dire, si ce n’est que Faustine se jette vite dans les bras d’Andrea (ou l’inverse ?). Et que, curieusement, ce sont les personnages secondaires les plus intéressants. La grande majorité des protagonistes est nuancée, humaine, et j’ai vraiment retrouvé cette complexité dans les figures du professeur d’escalade ou de la petite amie de Sasha par exemple. 

Pour en revenir à Faustine, la jeune fille est assez subjuguée par le séduisant assistant du professeur pour s’inscrire au cours d’escalade, et c’est ma première déception : le sport est une activité noble puisqu’elle ne paye qu’après des efforts, des chutes et des découragements, et qu’il faut donc une forte dose d’abnégation et de persévérance pour continuer malgré les défaites. Je m’attendais à un parallèle entre l’amour de Faustine pour Andrea et l’escalade, avec des hésitations, de franches avancées, des chutes même, ça aurait été vraiment intéressant. Ou alors c’est moi qui pousse un peu trop loin ? Qui suis trop idéaliste dans ma vision du sport ? Quoi qu’il en soit, Faustine se découvre un talent pour la grimpette et voit à peine passer les difficultés. Bon. Après tout, cette jeune fille manque de confiance en elle et si ces succès lui permettent d’en gagner un peu, c’est cohérent avec le livre, mais j’aurais préféré voir de la progression plutôt que du « tout cuit ». Néanmoins, on assiste à l’ « éclosion » de cette jeune fille effacée qui va faire preuve d’un vrai caractère doublé d’une répartie parfois incisive, en se détachant de son frère jumeau Sasha. Ce changement progressif et très bien raconté est un point fort du roman, même si c’est triste quand on y pense… Malgré ça, cette gémellité fusionnelle voire toxique est vraiment intéressante car c’est assez peu traité dans la littérature jeunesse. On en vient à la carte « famille » : le couple des parents des jumeaux avait l’air incroyable, j’aurais aimé en savoir plus sur eux. L’auteur aborde tout de même ces sujets par le biais de la tante des jumeaux, et j’espère que les parents seront plus évoqués dans les tomes suivants. 
Toujours dans la même veine, on en vient au secret d’Andrea (que je ne dévoilerai pas !). Je suis assez mitigée concernant sa famille : d’un côté elle est unique, intéressante mais chargée d’un lourd fardeau, et de l’autre elle m’a immédiatement rappelé les Cullen, ces vampires « végétariens » sortis de la saga Twilight. J’avoue avoir eu ma période, mais aujourd’hui ce livre ne me plaît plus, d’où cette déception modérée en les « retrouvant ».

Enfin, l’histoire en elle-même est très originale et c’est bien la première fois qu’elle se retrouve sur les rayons jeunesses. Le cadre du récit est lui aussi magnifique avec ce pensionnat au cœur des montagnes, les évènements sont bien amenés malgré certaines parties assez rapides, on retrouve diverses péripéties, les personnages sont variés et tout en nuances, et l’histoire d’amour juste assez impossible saura toucher les cœurs. En fait, ce livre a beaucoup de choses pour lui. Je m’en rend compte en relisant cette chronique : dans ce cas, d’où vient cette déception au sortir de ma lecture ? J’ai terminé ce bouquin en diagonale, déjà parce que nous n’avons le fin mot de l’histoire que dans les dernières pages et que je le connaissais en ouvrant le livre, mais aussi parce que je n’ai pas été si émue par la relation amoureuse entre Andrea et Faustine.

Pour conclure, je dirais que Salmacis a de très bonnes idées, pleines de potentiel, mais qu’elles n’ont pas assez été exploitées, et la romance est tendre mais prévisible. J’espère que les tomes suivants creuseront un peu plus et sauront me toucher !

J’espère n’avoir pas sapé votre désir immodéré de lire ce livre. Le dernier-né de la collection Black Moon a suscité des chroniques dithyrambiques et a conquis les cœurs de centaines de lecteurs, sans parler des éditeurs eux-même ! Ecrire un roman relève de la confiance entre l’auteur et le lecteur, et même s’il ne m’a pas plu au-delà de mes attentes, c'est du beau boulot et il ne me viendrait pas à l’esprit de critiquer le travail de l’auteur ! Félicitations à Emmanuelle de Jesus qui mérite vraiment sa place au sein de la collection Black Moon. 

                                                                                   



L’Élue est le premier tome de la saga Salmacis, écrite par Emmanuelle de Jesus, lauréate du tremplin Black Moon 2014, et parue dans la collection Black Moon aux éditions Hachette Jeunesse le 30 Avril 2014. Il fait 396 pages, coûte 16 € et peut être lu à partir de 13 ans selon Hachette.
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