8 juillet 2014

Salmacis : "Tout en toi m'attire, même des choses que tu ignores encore sur toi…"


Faustine et Sasha ont dix-sept ans. Ils sont jumeaux. Et sans famille… ou presque. Inscrits dans un pensionnat d’élite en pleine montagne par leur tante marginale, ils découvrent un monde de sélection et de compétition, aux règles impitoyables. Charmant et sociable, Sasha devient vite populaire, tandis que Faustine reste à l’écart. Jusqu’à ce qu’elle ait une révélation inattendue, lors du choix d’une option sportive : le corps à corps avec la pierre et les rochers, l’escalade, c’est là qu’elle retrouve la sensation de vivre. Surtout lorsqu’elle est couvée par le regard violet d’Andrea Salvaggi, le mystérieux assistant du professeur. Leur lien est plus puissant qu’un simple coup de foudre, ils sont encordés… vers quel sommet ?

En me tendant un exemplaire du livre, l’adorable Lebonbonaucassis (des blog Jeblo et De la plume à lune) m’avait prévenue : « Ce bouquin a reçu des avis tranchés. Soit tu l’aimes, soit tu le détestes ! Avec lui, pas de demi-mesure. » Sans aller jusque là, je sors assez déçue de cette lecture dont j’attendais beaucoup. 

Je vais commencer par vous donner un conseil : pour profiter de ce livre, surtout ne cherchez pas à connaître le mythe de Salmacis. Vraiment ! Férue de mythologie, je savais de quoi il s’agissait, ce qui a annihilé tout suspens… L’auteur mise beaucoup sur ce dernier et je suis donc passée à côté d’une grande partie du récit. Vous voilà prévenus ! 

Je ne sais trop par où commencer. Le style de l’auteur compte pour beaucoup lors d’une lecture, et Emmanuelle de Jesus a choisi pour les dialogues un registre oral qui ne s’embarrasse pas de convenances et qui correspond tout à fait aux âges et aux pensées des protagonistes. Sans faire de puritanisme, j’aurais préféré un langage un peu plus châtié lors des discussions entre les protagonistes : il n’y a évidemment pas d’injures ou de vulgarités (on est chez Hachette tout de même !) mais c’est tout de même familier sur les bords. Néanmoins, pour ce qui n'est pas du dialogue, l'aisance, la fluidité et les références culturelles de cette plume m’ont vraiment plu. 
Parlons à présent de Faustine, héroïne de Salmacis, Faustine, la jumelle de Sasha, Faustine, ce mélange de confiance et de fragilité tellement adolescente... J’ai commencé le livre en me disant qu’elle serait falotte, je le termine en pensant qu’en fait elle a du caractère ! C’est un personnage profondément réel, dans laquelle je me suis retrouvée parfois, vraiment intéressante, mais… je ne m’y suis pas attachée tant que ça. Oui, c'est dommage. Et c’est un peu ce qui s’est passé tout au long du livre : c’était bien mais ça ne m’a pas plu tant que ça. Je ne m’attarderai pas trop sur les personnages, parce que pour être honnête je ne sais pas trop quoi dire, si ce n’est que Faustine se jette vite dans les bras d’Andrea (ou l’inverse ?). Et que, curieusement, ce sont les personnages secondaires les plus intéressants. La grande majorité des protagonistes est nuancée, humaine, et j’ai vraiment retrouvé cette complexité dans les figures du professeur d’escalade ou de la petite amie de Sasha par exemple. 

Pour en revenir à Faustine, la jeune fille est assez subjuguée par le séduisant assistant du professeur pour s’inscrire au cours d’escalade, et c’est ma première déception : le sport est une activité noble puisqu’elle ne paye qu’après des efforts, des chutes et des découragements, et qu’il faut donc une forte dose d’abnégation et de persévérance pour continuer malgré les défaites. Je m’attendais à un parallèle entre l’amour de Faustine pour Andrea et l’escalade, avec des hésitations, de franches avancées, des chutes même, ça aurait été vraiment intéressant. Ou alors c’est moi qui pousse un peu trop loin ? Qui suis trop idéaliste dans ma vision du sport ? Quoi qu’il en soit, Faustine se découvre un talent pour la grimpette et voit à peine passer les difficultés. Bon. Après tout, cette jeune fille manque de confiance en elle et si ces succès lui permettent d’en gagner un peu, c’est cohérent avec le livre, mais j’aurais préféré voir de la progression plutôt que du « tout cuit ». Néanmoins, on assiste à l’ « éclosion » de cette jeune fille effacée qui va faire preuve d’un vrai caractère doublé d’une répartie parfois incisive, en se détachant de son frère jumeau Sasha. Ce changement progressif et très bien raconté est un point fort du roman, même si c’est triste quand on y pense… Malgré ça, cette gémellité fusionnelle voire toxique est vraiment intéressante car c’est assez peu traité dans la littérature jeunesse. On en vient à la carte « famille » : le couple des parents des jumeaux avait l’air incroyable, j’aurais aimé en savoir plus sur eux. L’auteur aborde tout de même ces sujets par le biais de la tante des jumeaux, et j’espère que les parents seront plus évoqués dans les tomes suivants. 
Toujours dans la même veine, on en vient au secret d’Andrea (que je ne dévoilerai pas !). Je suis assez mitigée concernant sa famille : d’un côté elle est unique, intéressante mais chargée d’un lourd fardeau, et de l’autre elle m’a immédiatement rappelé les Cullen, ces vampires « végétariens » sortis de la saga Twilight. J’avoue avoir eu ma période, mais aujourd’hui ce livre ne me plaît plus, d’où cette déception modérée en les « retrouvant ».

Enfin, l’histoire en elle-même est très originale et c’est bien la première fois qu’elle se retrouve sur les rayons jeunesses. Le cadre du récit est lui aussi magnifique avec ce pensionnat au cœur des montagnes, les évènements sont bien amenés malgré certaines parties assez rapides, on retrouve diverses péripéties, les personnages sont variés et tout en nuances, et l’histoire d’amour juste assez impossible saura toucher les cœurs. En fait, ce livre a beaucoup de choses pour lui. Je m’en rend compte en relisant cette chronique : dans ce cas, d’où vient cette déception au sortir de ma lecture ? J’ai terminé ce bouquin en diagonale, déjà parce que nous n’avons le fin mot de l’histoire que dans les dernières pages et que je le connaissais en ouvrant le livre, mais aussi parce que je n’ai pas été si émue par la relation amoureuse entre Andrea et Faustine.

Pour conclure, je dirais que Salmacis a de très bonnes idées, pleines de potentiel, mais qu’elles n’ont pas assez été exploitées, et la romance est tendre mais prévisible. J’espère que les tomes suivants creuseront un peu plus et sauront me toucher !

J’espère n’avoir pas sapé votre désir immodéré de lire ce livre. Le dernier-né de la collection Black Moon a suscité des chroniques dithyrambiques et a conquis les cœurs de centaines de lecteurs, sans parler des éditeurs eux-même ! Ecrire un roman relève de la confiance entre l’auteur et le lecteur, et même s’il ne m’a pas plu au-delà de mes attentes, c'est du beau boulot et il ne me viendrait pas à l’esprit de critiquer le travail de l’auteur ! Félicitations à Emmanuelle de Jesus qui mérite vraiment sa place au sein de la collection Black Moon. 

                                                                                   



L’Élue est le premier tome de la saga Salmacis, écrite par Emmanuelle de Jesus, lauréate du tremplin Black Moon 2014, et parue dans la collection Black Moon aux éditions Hachette Jeunesse le 30 Avril 2014. Il fait 396 pages, coûte 16 € et peut être lu à partir de 13 ans selon Hachette.
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